BALLADE DE LA RUE ATHINA
Chorégraphie: Maurice Béjart
Musique: Manos Hadjidakis
Décors et costumes: Dionysos Fotopoulos
Théâtre Mégaron d’Athènes, 17 novembre 1993
Julio Arozarena, Emmanuelle Bérard, Christine Blanc, Kathryn Bradney, Sylvie Demandols, Martyn Fleming, Juichi Kobayashi, Domenico Levré, Ronda Nychka, Koen Onzia,
Gil Roman, Maria Tosta et le Béjart Ballet Lausanne
J’écrivais en 1989: La rue Athéna est le cœur d’Athènes. Et Athènes est le cœur de la nation. Ainsi toute célébration de la rue Athéna est–elle également grecque et nationale. Cette rue portant le nom d’une déesse et se terminant au pied du Parthénon qui la bénit, personne en Grèce ne met en doute son importance nationale.
Cette rue, la rue Athéna, est une suite de tavernes nombreuses, de bordels encore plus nombreux, de cinémas offrant un plaisir érotique privé, d’obscurs hôtels vendant des soins érotiques d’urgence – des Premiers Secours Sexuels,en quelque sorte – de milliers de cafés pour le relâchement quotidien. On y trouve également la mairie et un bureau de pompes funèbres d’une époque révolue. Dans cette rue circulent des ouvriers, des petits commerçants, des voyous, des prostituées, des travestis, des journalistes, des maquereaux provinciaux et des milliers d’assassins. À peu de chose près, voilà le décor. Les Ballades sont…
Aujourd’hui en 1983, je continue: Ces Ballades sont quelque chose de différent, au-delà du « décor » dont j’ai parlé plus haut. Je dirais qu’il s’agit d’une étude poétique sur la violence
et sur « notre ténébreuse racine du cri » – comme le disent Lorca et son messager en Grèce, mon ami, Nikos Gatsos.
C’est un méandre mélodique, une tresse féconde d’entrelacements érotiques. Ce sont
des auto-analyses secrètes, des confessions et des pérégrinations dans l’espace invisible
et hérité de notre âme. C’est un recueil musical d’impulsions marginales. C’est, enfin,
une tentative rituelle pour dévoiler les forces obscures qui nous gouvernent, nous meuvent et nous conduisent irrésistiblement vers notre antique et ultime itinéraire.
J’ai pensé pour la première fois à cette œuvre à l’issue de l’enregistrement de Magnus Eroticus, dans le courant 1972. J’avais même à l’époque enregistré cinq morceaux dont j’avais improvisé les titres, sans savoir comment et dans quelle direction continuer. Ainsi
n’y ai-je pas à l’époque donné suite. Au cours des années suivantes, j’avais continuellement cette œuvre présente à l’esprit, sans toutefois y travailler, et je rêvais de sa forme définitive.

















