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Le Marteau sans maître
Maurice Béjart

Le Marteau sans maître est une œuvre abstraite fondée uniquement sur les rapports entre la partition musicale et le mouvement. Six instrumentistes et une chanteuse trouvent leur correspondance sur scène en la personne de six danseurs et d’une ballerine. Ce dépouillement géométrique ne va pas pourtant sans un lyrisme sous-jacent et des prolongements métaphysiques.
Mais c’est au public d’interpréter les symboles et de construire un univers à travers le cheminement des formes et des sons.

Pendant le travail de chorégraphie sur la partition de Boulez, j’ai relu souvent l’œuvre poétique de René Char, celle-ci étant à la source de l’inspiration du compositeur. Deux textes m’ont obsédé; je me permets de les reproduire ici :

« Ève solaire, possible de chair et de poussière, je ne crois pas au dévoilement des autres, mais au tien seul. »

« L’homme n’est qu’une fleur de l’air tenue par la terre, maudite par les astres, respirée par la mort; le souffle et l’ombre de cette coalition, certaines fois, le surélèvent. »

Le Ballet étant déjà terminé, relisant un livre de Marie-Magdeleine Davy intitulé La Connaissance de soi, j’ai trouvé un texte que j’aimerais citer également à propos de cette chorégraphie :

« Tout être possède en lui un soleil intérieur; l’essentiel est de le découvrir, d’y adhérer afin de pouvoir devenir entièrement soleil. La pensée taoïste compare l’homme à un vase porteur d’une fleur d’or. Soleil ou fleur de lumière constituent le trésor caché, le soi recouvert de voiles.

Le symbole le plus typique du soi est le soleil. L’homme qui se distingue d’autrui par sa puissance et sa valeur porte une couronne solaire. L’énergie captée par la rencontre avec le soi est une énergie solaire; soleil, dieu, feu sont des synonymes mythologiques possédant un sens de lumière, chaleur, fécondité. Le symbole de la Mère divine désigne la terra beata que devient l’homme par sa propre transfiguration, quand il a trouvé en lui-même son soleil, c’est-à-dire son trésor. »

Le style chorégraphique est un essai de symbiose entre des enchaînements classiques qui se succèdent selon des séries mathématiques précises et non des critères esthétiques traditionnels et des mouvements inspirés par la métaphysique extrême-orientale également retravaillés comme matériau sériel.

Maurice Béjart