Rhapsody in Blue
Giorgio Madia

Après avoir voulu rendre hommage à mon premier et principal mentor, Maurice Béjart, avec Swan Song en 2016, j’ai souhaité cette fois ­ci m’adres­ser à la compagnie en exprimant ce que j’aurais aimé voir sur scène en tant que spectateur. L’un des principaux credos de Béjart a été le concept d’énergie vitale, festive et archaïque de la danse. Il comprenait que la danse, en tant qu’événement festif né d’une impulsion primordiale, est spirituelle. C’est dans cette essence même que réside sa beauté et son charme.

Pour honorer cette vision, j’ai choisi un titre qui célèbre cette année son centenaire: Rhapsody in Blue, de George Gershwin. Ce qui m’inspire ici, c’est son absence de forme définie. La liberté totale du compositeur, allant du classique au jazz, me permet d’utiliser des formes et des langages de danse différents et éloignés les uns des autres, sans autre justification que celle suggérée par la musique elle­ même. Gershwin décrit sa composi­tion comme une sorte de fantaisie multicolore, un kaléidoscope musical représentatif d’un creuset culturel. D’un point de vue chorégraphique, je la considérerais comme un Capriccio ou une Folie. Ce n’est pas l’esthétique du corps mais l’esthétique de la musique à travers le corps.

En tenant compte des thèmes mondiaux de 2024, je suis conscient que créer quelque chose de frivole représente le summum du luxe. Mais j’aspire à célébrer la beauté et le pouvoir de la musique, comme expression directe de l’âme, en me mettant humblement et fièrement à son service. Peut-être dans l’esprit de la composition de 1924.

Giorgio Madia

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