7 danses grecques
Maurice Béjart

Ce que nous nommons le « folklore » (pour ma part, je préfère la formule « arts traditionnels ») est toujours difficile d’accès et presque insaisissable et le fait d’appartenir ou non à la tradition de la culture en question n’est pas, ni avantage, ni handicap. Car, nos civilisations nous ont tellement éloignés de l’esprit traditionnel qu’il nous est difficile de concevoir le processus mental ayant donné naissance à cet art dans un passé souvent lointain.

C’est pourtant là qu’est la clé du problème : devenir l’autre et non pas dépeindre l’autre. Prendre la création par sa ligne intérieure, sa force cachée qui est de comprendre les racines d’un peuple, d’un groupement ethnique, culturel et réduire au minimum les citations folkloriques évidentes.

Dans le cas de la danse, les reconstitutions archéologiques ou populaires ont toujours un côté guindé et lamentable. On oscille entre le musée et le music-hall, l’ennui et le frelaté.

Pour ces « danses grecques », j’ai cherché à limiter au maximum les emprunts à des « pas » authentiquement grecs. Certaines danses en contiennent deux ou trois ; d’autres pas du tout, et ce sont certainement les plus réussies, les plus grecques !

Lorsque Theodorakis m’a porté cette musique, j’étais en train de travailler sur cette suite méditerranéenne nommée Thalassa. Je l’accueillis avec enthousiasme et elle en constitua le volet final.

Par la suite, le nombre de danses, de neuf fut ramené à sept et la chorégraphie retravaillée dans le sens de la rigueur mathématique (certaines danses sont composées comme des fugues de Bach) pour devenir ce ballet où la Grèce – aux dires des Grecs – est d’autant plus présente que les emprunts à son folklore sont minimes et que les costumes, dépouillés, sont inexistants comme ceux que les danseurs portent au studio.

 

Maurice Béjart, 1983